January 9, 2026
Description
Epuisé de la bataille après une sévère défaite, je posai mon dos contre un vieux tronc d'arbre encore bien plus fatigué que moi. Son cœur n'était plus, ne restait plus que l'écorce pour entourer mes épaules.
Le dernier quart de lune à son zénith, les étoiles brillantes de milles éclats, je me dis alors que c'était la une douce fin… Mais même quand on se décide à rejoindre ses ancêtres, l'on ne peut le faire tranquillement.
“Aheum ! Excusez-moi de vous déranger mon bon ami, mais voyez-vous, ce vieux tas de bois contre lequel vous avez si délicatement posé votre séant ... est à moi !!! Et je vous prierais donc de … foutre le camp ! Et surtout d'aller crever dans un endroit ou l'odeur de vos entrailles n'ira pas … indélicatement … ennuyer mon voisinage avec qui j'entretient, par ailleurs, de fort bon rapport !”
Ne sachant pas à qui j'avais à faire, les mots appropriés à une tel situation ne surent pas trouver leur chemin.
“ Je .. je v…vou..vous”
“ Je vou-vou quoi ?! Et bien alors c'est la toute vos excuses ? Votre cadavre aurait une meilleure réparti, cela je n'en doute plus !”
C'est alors que je vis descendre, juste devant mon visage un écureuil. Un écureuil tout de vert vêtu, une pipe en gueule et une chopine à la main, rien de moins. Voir ainsi un tel animal descendre en rappel depuis une branche me parut si absurde que l'envie de mourir me passa soudainement.
Je repris alors ma contenance, respira un coup et, avec tout ce qui me resta d'énergie, me présenta à lui.
« Cher petit Monsieur, je vous prie d’excusez la présence de mon corps si près de votre logis. Lors de mon arrivé, je n’avais pas saisi que cet arbre avait déjà trouvé cœur en son sein.
En le voyant, si creux mais si plein de vie, j’ai cru que, de son écorce, il pourrait envelopper mes épaules et gardé pour lui mon cœur si fatigué et si meurtri. J’ai bien peur maintenant d’être un fardeau pour lui comme pour vous et vais maintenant me relever de mes mains. Pourriez vous m’indiquez un endroit plus funeste pour finir ma vie ? S’il pouvait y avoir aussi le même paysage étoilé qu’il y a sous les branches de votre humble demeure… »
Il me fixa, mâchouilla sa pipe, fit remuer son nez, plissa les yeux puis avec une rapidité peu commune, sauta sur mon épaule, déboucha la corne auparavant accrochée à sa ceinture, rempli sa chope du nectar qui en coulait et me dit brutalement :
« SKÖLL !! »
Et il m’enfonça sa chopine au fond du gosier.
La peau de mon visage devint aussi chaude et rouge que les flammes d’un brasier ! De mes oreilles sortaient la même fumée que celle qui s’échappe d’une cheminée ! Cela dura si longtemps que je finis par croire que ça n’allait jamais cesser !
Et puis …ouf. Je rouvris péniblement les paupières, en face de moi l’écureuil souriait à pleine dent. Il tira une dernière bouffée, fit un énorme rond de fumée qui s’enroula autour de ma tête tel une auréole et s’esclaffa.
« Moi c’est Ratatosk !! On va faire une sacrée pair tous les deux ! »
License:
Standard Digital File License